Eau Vive Sahel à Pau

Eau Vive est une association de solidarité internationale. Elle accompagne les villageois dans plusieurs pays d'Afrique sahélienne dans la réalisation de leurs projets et les aide à jouer pleinement leur rôle dans le développement de leur pays.

13 avril 2006

Mission au Burkina-Faso février 2003

Carnet de voyage au  BURKINA – FASO  du 13 au 20 février 2003

Mission d’échange humanitaire organisée par le Comité d’ Etablissement Elf EP de PAU avec l’ONG Eau Vive pour un groupe de salariés de TOTALFINAELF de Pau

Jeudi 13 février 2003 :

Départ pour notre voyage pour le Burkina-Faso.

Le temps est maussade et froid à Pau. Bon vol jusqu’à Roissy puis embarquement pour Ouaga.

Arrivée à Ougadougou … tard. Formalités santé, police, douane sans problème. Mais dès la sortie de l’avion , grande bouffée de chaleur qui nous prend. Koudougou et Clément d’Eau Vive Ouaga nous attendent avec un mini-bus. Nous montons pour rejoindre l’hôtel qui est plutôt un centre d’hébergement religieux.

A la mission, chacun a une chambre avec lit à moustiquaire, WC et douche, simple mais suffisant. Chacun reçoit une bouteille d’eau fraîche , pas de repas, mais repos pour chacun après une dernière douche avant la brousse.

Vendredi 14 février :

Nuit calme et réveil à 6H30. Nous allons voir la sortie du Moro-Naba et de sa cour. Pour cela, départ en bus, au milieu des embouteillages matinaux des collégiens, lycéens et travailleurs qui vont sur leurs vélos et surtout cyclomoteurs fumants bleus le mélange et polluant à souhait dès le feu au vert. Après quelques kilomètres dans la ville, nous arrivons au ’’palais’’ et nous installons sous les arbres pour attendre le Moro (le roi). Un burkinabé nous raconte l’histoire de cette cérémonie. Les différents membres de la cour, les musiciens, arrivent un à un et s’installent après salutations et protocole hiérarchisé. Le cheval prêt à la guerre du Moro est harnaché.

A la sortie du moro tout de blanc vêtu, un grand coup de fusil est tiré pour le saluer.

Puis le Moro s’installe et reçoit les salutations de ses notables puis palabre pour décider de ne pas partir en guerre.

Retour à la mission pour petit déjeuner.

A la mission, réunion avec Koudougou où nous parlons (mais lui même parle beaucoup), de :

·        Politique étrangère française et ivoirienne

·        Le Burkina et les burkinabés expatriés

·        Le programme de nos visites

·        L’association Eau Vive

·        La répartition de nos dons (médicaments, articles scolaires, ballons)

·        Le change d’argent

·        Le comportement de nos hôtes.

Nous allons déjeuner au Melrose (chez Johnny) pas très loin de la mission, sous une paillotte. Au menu, poulet, haricots verts, bananes grillées, frites. Le tout très bon et vite achevé, car nous avions faim et nous avons attendu longtemps. En dessert, papaye citron très bon. Nous partons enfin vers 15H30 – 16H, avec plusieurs heures de retard sur notre horaire.

Le minibus est très chargé. Chacun se trouve une place. Nous prenons la direction de notre premier village Silmiougou, situé à 200 km de Ouaga, dont 20 km de piste. La route vers Tenkodogo, la capitale de la province où nous allons, est très bonne. Les ponts sur toutes les rivières (à sec en cette saison) que nous traversons, sont en cours de réfection. Nous traversons quelques paysages surprenants, avec des collines formées d’amas de roches polies. De nombreux arbres dont de très beaux baobabs, quelques roniers (à feuille de palmiers) …Nous traversons aussi quelques villages toujours très animés et ombragés.

Le voyage est tranquille mais un peu long. La nuit tombe, nous commençons à nous inquiéter, d’autant que nous nous sommes trompés 2 fois de chemin, le paysage de nuit ne facilitant pas le repérage.

Mais enfin, nous arrivons au village où nous étions très attendus.

Cérémonie d’accueil. Tout le monde se serre la main, puis on s’assoit en rond et ce sont les échanges de bienvenue et remerciements d’avoir fait un si long voyage pour faire cette visite. Ensuite, présentations individuelles et applaudissements après chaque intervenant. Puis discussion ouverte sur le programme du lendemain au village. Enfin on se sépare pour le repos. On cherche dans nos provisions : de l’eau très chaude car elle était sur le toit du minibus, quelques fruits, des biscuits secs nous serviront de repas du soir

Nous installons notre couchage dans la salle d’alphabétisation, très belle au demeurant, mais qui semble bien inutilisée, faute d’enseignant (voire d’enseignés).

Nous déroulons nos nattes, trop peu épaisses pour être moelleuses ! C’est très rustique, la nuit nous le fera découvrir, mais enfin tout le monde s’endort cependant et sans jamais maugréer.

On nous montre le coin douche : astucieux espace « mi-clos » par des murs en banco et fermé par une porte en paille tressée. Le bac à douche est un lit de cailloux pour drainer l’eau. La pomme est un seau d’eau et sa calebasse qui sert pour s’asperger judicieusement et parcimonieusement.

Quant aux WC, juste à côté, même type de construction, simplement une fosse en béton fermée par un petit couvercle, fait un WC à la turque, avec un petit nuage de mouches qui s’envolent lorsqu’on le débouche pour s’en servir.

Vers 21 h, tout le monde va se coucher.

La première nuit de village fût rude. Le béton, très propre est aussi très dur, et notre couverture de graisse que nous avons encore (plus pour longtemps), n’a pas amorti le contact avec le sol. La nuit fût bercée par quelques braiments d’ânes, piaillement d’oiseaux et cris de pintades et plus le jour approchait, plus les bruits augmentaient, les derniers étant les cocoricos.

Samedi 15 février :

Levers progressifs. Toilettes l’un après l’autre avec son petit seau, puis café (ou thé) avec l’eau chaude préparée par les femmes du village sur un feu de bois devant notre case.

Re-cérémonie des présentations mais de jour cette fois pour que les gens se voient mieux . Discussion sur le programme (plus courte que la veille), départ pour la visite du village et les réalisations d’eau vive. L’habitat est très dispersé, très typique avec ses concessions formées de plusieurs cases rondes reliées par des mûrs d’enceinte et hébergeant une famille. Toutes ces habitations sont très bien entretenues. Accueil très sympathique des familles. Nous traversons des champs où en saison il y a des cultures de sorgho, de mil, de maïs, voire un peu de coton.

Pour élevage, nous rencontrons des zébus, des chèvres, des poulets et de nombreux oiseaux sauvages.

Nous voyons un puits d’une vingtaine de mètres d’où les villageois tirent une partie de leur eau. Nous nous rendons à un premier boulis (petit étang creusé par eux) où le bétail peut aller s’abreuver (en écartant les deux crocodiles qui s’y trouvent). On continue vers un deuxième boulis, plus petit et moins bien aménagé, puis un parc de vaccination à bestiaux.

Ensuite on se rend sur le forage qui a été installé avec eau vive. Il est très bien construit et aménagé. Les femmes et jeunes filles viennent y chercher l’eau propre pour la cuisine et la boisson.

Nous nous arrêtons visiter une concession :

·        Poulailler

·        Grenier à sorgho

·        Tas de coton déjà vendu

·        La cuisine

·        La case de l’homme

·        Le parc à bestiaux

Et plus loin l’école coranique superbement aménagée, pas très loin de la mosquée.

Nous retournons à notre camp, non sans avoir salué l’imam. Nous prenons un peu de repos.

Le repas, préparé par les femmes du village, avec un peu de nos provisions : poulet, riz, choux. Le tout bien épicé puis mangue en dessert et café-thé.

Pause repos.

Arrivé du chef du village dans sa tenue traditionnelle. Il est très heureux de nous accueillir et nous propose une photographie avec notre groupe.

Vers 14H30, début de spectacles de danses avec les femmes accompagnées par 2 musiciens, un à la guitare, un autre avec maracas, parfois un 3° avec un tambour. Nombreuses danses très animées et colorées, avec les femmes, jeunes filles, ainsi que les enfants. Yacouba, l’animateur fulgurant (c’est le surnom qu’on lui donnera plus tard) s’est donné à fond dans ce show effréné. Pendant 1 H à 1H30, il y a eu une grosse animation.

Vers 16H, réunion d’échange/discussions avec le village, avec en première partie nos questions aux villageois. Certaines questions concernant les femmes ont été un peu délicates, même si aucune n’a été écartée.

Les jeunes nous ont demandé comment faire pour venir en France, dans une école de football. Nous les avons bien sûr dissuadés d’idéaliser une vie en France ou en Europe. Sur ce plan, nous avons probablement anihilé leurs projets devant leur vieux. Mais nous ne pouvions pas leur laisser penser que leur solution était de partir en France.

Ces questions ont en fait été traitées en deuxième partie, après la pause prière, donc entre 18 et 20H. En fait nous avons tenu deux demi réunions de 2H, très enrichissantes, très ouvertes, qui nous forcent au respect.

Nous avons beaucoup échangé et c’est bien le thème de notre voyage, sur nos façons de faire, nos cultures, nos problèmes. La déléguée des femmes nous a dit qu’elles manquaient d’argent et nous a demandé comment faire pour en gagner. C’est naïf, mais elles (ils) attendent les solutions de l’homme blanc. Nous leur avons répondu que la solution était ici, au village, au Burkina et qu’ils avaient une grande richesse : la population, une qualité : la solidarité, une chance : tout à faire. Il faut simplement, mais c’est difficile, avoir les idées, des projets, des gens motivés et prêts à s’impliquer.

Après ces échanges très riches, nous nous sommes séparés, heureux de la qualité de nos discussions.

Ensuite, le repas a été préparé par les femmes du village : poulet (un peu dur) en sauce, pommes de terre, riz, choux et papaye en dessert. Puis café ou thé

Dimanche 16 février :

Lever aussi tôt que la veille, à l’heure ou blanchit la campagne ou plutôt où piaillent poules, cochons, pintades. Matelas toujours aussi béton !

Petit déjeuner, douche, toilette, le rituel est désormais rodé et très simple.

Dès le début de la matinée, nous allons saluer le vieux chef qui ne pouvait pas se déplacer. Nombreux salamalecs. Accueil sympathique. De loin, nous voyons une grande troupe d’enfants qui marchent en rang sur la piste. Ce sont les écoliers, qui dimanche matin, viennent de loin (7 km) pour nous rencontrer.

De retour au village, ils sont tous là. Nous sommes accueillis par des chants en commun, puis une grande fille nous récite une fable sur un menteur et ensuite, c’est un jeune garçon qui nous récite un conte sur un soldat à la guerre.  Puis nous nous présentons et ensuite c’est à leur tour. Nombreux sont ceux qui se présentent, certains hardis et assurés, d’autres timides et morts de trouille. Puis le directeur de l’école nous explique le fonctionnement de son école. Il fait poser des questions par ses élèves.

Nous nous préparons à nous séparer. Mais auparavant, il y a échange de cadeaux. Nous remettons quelques fournitures scolaires et un ou deux ballons de foot et là c’est la grande joie. Les villageois nous remettent des chapeaux pour les hommes et des petits sacs pour les femmes. Longue cérémonie de départ avec poignées de mains très nombreuses.

Nous voilà sur la piste qui mène à Garango. Nous rencontrons de nombreux chantiers de reconstruction des ponts et de réfection des chaussées, avant la future saison des pluies.

Nous longeons une grande retenue d’eau réalisée pour alimenter les jardins maraîchers. C’est là que nous allons. Tous les villageois nous attendaient. Nous faisons connaissance de Mme Sia, la responsable et l’animatrice de ce projet. Danses, poignées de mains puis visite des jardins. Ils sont très beaux et très bien cultivées avec salades, tomates, aubergines, oseille, pommes de terre, oignons, riz et maïs en saison etc … De nombreux arbres ombragent un peu dont de superbes manguiers. Les villageois ont creusé de nombreux puits d’où ils puisent l’eau d’arrosage, la retenue étant réservée aux rizières ou au maïs.

Retour au village où les femmes nous présentent leur production. Puis séance de questions réponses. Echanges de présents : noix de cola pour les chefs et les hommes. Deux poulets, vivants bien sur, nous sont offerts en retour. Josette achète quelques éléments de leur production (cerceaux de pâte d’arachide, des piments, des tomates et tomates indigènes ou aubergines) .

Après cela, nous repartons pour Garango où nous allons déjeuner dans un restau de la petite ville où nous dégustons un bon couscous.

Avant de repartir, nous nous octroyons une petite pause avec visite ultra rapide du marché  que nous aurions du visiter. Il est très grand avec de tout, légumes, viandes, artisanat, pharmacopée … Nous y croisons un petit groupe de très jolies jeunes filles superbement habillées, maquillées, et affublées de superbes bijoux.

Nous reprenons la piste vers Zigla-Koulpélé qui n’est pas très loin. On nous y attend avec danses des hommes, grelots de paille aux jambes. Au village concession, paillote d’accueil avec eau de bienvenue (locale) puis présentations et mots de bienvenue. Ensuite nous nous installons dans nos cases en paille et banco, très bien (confortables) et typiques. Elles sont assez aérées avec un bon matelas de mousse (nous allons bien dormir) sur une couche sur-élevée en banco.

Trois douches à ciel ouvert mais bien aménagées avec, comble du raffinement une planche dans la douche pour ne pas se faire mal aux pieds sur les cailloux. Les WC quant à eux étaient très biens, à la turque certes, mais en faïence et très propres et sans trop de mouches !

Après cela repas en plein air avec le traditionnel poulet, des spaghetti avec une super sauce et en entrée, des petits pois aux petits oignons que nous avions amenés des jardins.

Après le repas, nous nous pressons pour aller au village où un spectacle de danses traditionnelles nous attend. Dans une cour fermée, tout le village s’est réuni et au son d’une guitare et d’un maracas, les danses commencent avec 5 jeunes filles et 5 jeunes hommes sur les thèmes :

ü      Mariage

ü      Funérailles

ü      Chasse

ü      Réjouissances

Tout le monde est content, mais tous nous avons aussi hâte de trouver notre bonne couche pour en profiter.

Lundi 17 février :

Réveillés comme d’habitude par les ânes, poules et pintades, mais frais et dispos car nous avons tous bien dormis. Petit déjeuner en commun avec un bon air frais et nous préparons notre départ.

Nous allons saluer les notables et le roi « absent » pour pèlerinage à La Mecque.. Réception sous la paillote à palabres où chaque notable se présente, remercie de notre visite, nous souhaite comme à l’accoutumée une bonne santé, un bon retour dans nos familles, le bonheur et que dieu nous protège.

Nous nous présentons à notre tour, puis réunion d’échange (en français). Nous offrons les graines de cola, et quelques cadeaux : fournitures scolaires, médicaments et deux ballons, toujours le cadeau le plus apprécié.

Le village comporte deux écoles  et 900 élèves, avec des classes de 70 élèves ! mais toutes ont un instituteur.

Puis on nous montre l’élevage de crocodiles du roi. 3 adultes dans un bassin vaseux et un bébé que nous pouvons caresser. Ensuite nous partons visiter l’école où nous arrivons pendant la récréation. L’institutrice directrice adjointe nous accueille en l’absence du directeur. Tous les instituteurs sont très jeunes et elle aussi, c’est une super belle et grande femme.

Nous allons ensuite au dispensaire. L’infirmier nous présente ses collaborateurs et son cabinet. Il nous commente ses statistiques, son cahier de consultations, le suivi des endémies : rougeole et méningite. Le pharmacien magasinier nous présente son maigre stock, son frigo à gaz. Puis passage obligé à la maternité où officie une matrone et son assistante. Elle a choisi ce métier à 15 ans et fait maintenant carrière depuis 25 ans. Elle a l’air douce, expérimentée et consciencieuse. Des patientes attendent, pendant qu’une future maman est en travail.

Nous quittons Zigla pour la piste ….longue ….peu roulante car en réfection. Ainsi tout les 500 mètres, un pont en re-construction nous oblige à un détour. Mais la route ainsi sur-élevée permettra d’être praticable pendant la saison des pluies.

Nous traversons des paysages rocailleux, puis de savane , avec des chèvres, des ânes, des poules, toujours aux alentours d’habitations. Sur 30 à 40 km l’habitat est clairsemé car c’est une zone d’herbage pour l’hivernage et là viennent les bergers avec leur troupeau et ils habitent alors dans ces cases isolées.

Nous arrivons à Bingo où nous sommes très attendus. Danses d’accueil, présentation des notables de tout les villageois des alentours pour terminer par le notable Peul. Puis re-danses des hommes qui s’en donnent à cœur joie. Chants et danses des femmes. Questions réponses avec toujours autant d’émotion car la qualité de l’accueil, les remerciements que nous soyons là parmi eux après un si long voyage et la demande que nous ne les oublions pas nous vont droit au cœur.

Puis séance photos, avec des jeunes filles et femmes  Peuls magnifiques. Contacts –discussions avec la population et notamment les femmes avec les femmes.

Le soir, nous dînons près des deux chambres en banco qui nous sont réservées. Super repas préparé par les femmes du village poulet (comme d’hab) pommes de terres, riz assaisonné. Après le repas, nous allons nous coucher. Les deux petites chambres sont bien trop petites, aussi nous serons trois à dormir à la belle étoile : Jean-Pierre, Josette et Didier.

Mais c’est le meilleur hôtel, en effet nous avons eu ce soir là un 3 nattes sous les fesses alors pensez donc le confort et même ce fut un mille étoiles car dans le ciel elles brillaient à profusion !

Nous avons eu très froid pendant la nuit et on s’est emmitouflé dans ce que l’on a trouvé pour tenir jusqu’au petit matin. Les cochons, biquettes et poules nous ont tenu compagnies durant la nuit. Réveil ce matin avec les chants habituels des animaux qui se réveillaient. Petit déjeuner mais pas trop de toilettes car l’eau était très froides et les sanitaires peu attractifs et le WC un peu !!! juste pour l’hygiène.

Mardi 18 février :

Hier soir et ce matin, nous sommes littéralement latérisés on dirait qu’on a bronzé !

Départ à pieds visiter les Peuls. ¼ d’heure de brousse et nous arrivons au 1° campement. Nous y retrouvons les familles de la veille. Avant le village, signe annonciateur, des bouses de bœufs et autres animaux. Jeux de questions : Josette n’arrête pas sur les femmes, la scolarité, les coutumes, et des réponses toujours aussi fournies, même si parfois elles sont embarrassantes. Les Peuls d’ici élèvent  principalement des bœufs, et des brebis. Nous allons voir différents troupeaux et leur berger. Nous visitons le parc de vaccination du bétail, confectionné en béton et fer forgé, ce qui est surprenant. Il est au milieu d’une plantation d’eucalyptus, utilisés pour le bois de chauffe et les perches.

Enfin nous faisons un long tour pour visiter le lit d’un ruisseau où ils ont l’intention de créer une retenue d’eau. Un autre village ayant fait la même chose avec succès semble-t-il a pu développer un peu de maraîchage.

Retour à la banque de céréales que nous visitons. Il nous est expliqué son fonctionnement et surtout le bilan financier qui n’est pas probant, le prêt d’un organisme bancaire pour acquérir les denrées ayant mangé tout le bénéfice. Conséquence, le bâtiment est sous utilisé. Pourtant c’est une infrastructure importante car le stock qu’elle permet de constituer devrait permettre de subvenir aux besoins alimentaires pendant la fin de la saison sèche. Par ailleurs, cette banque peut être un élément fédérateur entre les villages et peut réguler les stocks entre les récoltes surtout en cas de mauvaise récolte. Ils auraient besoin de crédit à taux très faible. Par ailleurs cela nous fait prendre conscience qu’il y a un besoin de formation à la gestion pour le responsable de cette banque. Ensuite réunion sous les ombrages de nattes tressées en grignotant de petites cacahuettes. Nous sentons un problème de sous scolarisation des enfants Peuls.

Nous nous séparons de nos hôtes et reprenons la piste chaude, nous repassons à Gana, petite ville sur la grand route. Nous arrivons à l’école où 350 élèves et 6 instituteurs nous attendent. On s’installe confortablement à l’ombre et commence un petit spectacle bien préparé. Chants, récitations, saynètes, danses des femmes du village, toujours aussi animées puis danse des élèves de l’école catholique d’en face.

Suivent des présentations d’eau vive, de nous mêmes, de l’école, du président des parents d’élèves.

Cadeaux et 3 ballons qui font le bonheur des garçons !!

Nous allons visiter les jardins maraîchers juste à côté. Ils sont magnifiques. On y cultive oignons, tomates, aubergines, salades, carottes, papayes etc etc . On nous fait cadeau d’un demi sac d’oignons et d’une botte de carottes, 3 belles papayes et pour couronner le tout, deux poulets. Suit la photo de groupe des instituteurs avec nous.

Visite au dispensaire où tout a été désinfecté. Pas un patient ne traîne. L’infirmière commence par nous dire ses doléances. Photo puis départ dans la nuit maintenant.

Entre temps Yves et Bernard s’étaient approvisionnés en mini-brochettes et Jean-Pierre avait trouvé des beignets. Le moral allait tout à coup mieux.

On va à l’hôtel, on s’installe on se douche et on passe à table où l’on nous sert le plat national poulet frites. Timothée voit même le match de foot Arsenal Ajax d’Amsterdam.

Nous allons vite nous coucher car demain lever à 4H30 pour aller dans la réserve de Nazinga.

Chambre chaude mais assez confortable pour un prix très raisonnable 6000 CFA.

Mercredi 19 février :

Lever 5H00 après une bonne nuit, courte mais réparatrice.

Départ pour le parc de Nazinga dans la nuit. Après un peu de route bitumée, nous prenons la piste du parc. Piste difficile, avec des nids de poule et de la tôle très dure ! tout le monde tremble au rythme du minibus. A partir de là, le jour s’étant levé, tout le mode est  en éveil, pensant découvrir des animaux sauvages nous attendant pour se montrer. Le lever du soleil est très poétique dans ce parc avec les arbres et la brousse qui se détachent devant cette boule. De temps en temps, on traverse un gué (à sec) fait de grosses pierres volcaniques plantées dans le sol, pointe en l’air, ce qui fait que nous progressons de roche en roche, c’est très inconfortable et très couleur locale.

Nous voyons tout de même quelques jolis petits oiseaux verts, des petits toucans, des genres de cailles sauvages et aussi 3 antilopes bien lointaines et cachées dans les hautes herbes. Leur robe est sombre et elles sont assez sauvages car elles partent assez vite, effrayées, même si elles savent pertinemment qu’elles ne risquent rien. Nous sommes tout de même un peu déçus de voir si peu d’animaux sauvages. Après 2H de trajet depuis Pö, nous arrivons au campement, à l’autre extrémité du parc. Et là, dans la belle et grande mare, une magnifique petite troupe de 5 beaux éléphants. Ils boivent tranquillement, jouent à s’asperger d’eau, se déplacent dans la fraîcheur du matin, mais restent près de l’eau ou dans l’eau, conscients ou pas des touristes qui les regardent. Nous apercevons également quelques crocodiles très immobiles eux.

Re-départ pour nous enfoncer dans les pistes à la recherche de la bête sauvage. Nous voyons – de loin – un joli troupeau de cobs (une quarantaine de bêtes), robe sombre qui détallent assez vite. Plus loin nous effrayons 4 phacochères, mais devant le peu d’animaux, nous retournons au campement. Là on libère notre guide et on va prendre le petit déjeuner dans une grande vérandas grillagée avec une vue panoramique sur les éléphants qui sont toujours là avec 2 confrères de plus. Ils sont très jolis et photogéniques, aussi les prises de vues ne manquent pas. Au menu du petit déj : nescafé, thé, chocolat, bonne baguette de pain frais, beurre confitures.

Après cette bonne pause, nous reprenons la piste de retour vers Pö. Le trajet nous paraît très long.

Nous arrivons à Pö vers 13H, après avoir longé de nombreux champs de coton récoltés.

L’entrée dans la ville de Pö de jour nous fait découvrir de nombreux tas d’immondices. Cela fait sale, mais assez typique cependant .

Retour au restaurant de l’hôtel où nous commandons notre repas habituel : poulet-frites, mais avec aussi steak haricots verts pour certains. Nous repartons vers 14H30 (on a fait vite pour le repas pour une fois) vers le village de Tiébélé. Nous traversons des paysages nouveaux avec des collines, des rochers, et un habitat différent, fait de concessions mais en banco avec des toits plats et au fur et à mesure des peintures sur les murs.

Arrivés à Tiébélé, nous sommes pris par les gamins qui veulent tous nous faire visiter.

On visite toutes les cases et l’on nous explique la signification des peintures avec les motifs de calebasses, du filet de pêche, des scarifications, et les matériaux utilisés pour les peintures, dont le kaolin, la basalte et d’autres matières de base.

Après avoir flâné pour acheter quelques bricoles dont du beurre de karité, nous reprenons le chemin de Pö. Là nous faisons le plein de gas-oil, quelques petits achats de bouche et boissons, puis départ direction Ouaga. La nuit tombe assez vite, et là, nous voyons Dramane notre chauffeur ralentir de plus en plus. Et pour cause, nous nous rendons compte que ses phares donnent des signes de faiblesse, ayant des baisses d’intensité, s’éteignant, se rallumant, puis une odeur de bakélite brûlée nous fait nous arrêter et c’est la panne de phares (et codes). Nous voilà bien montés. Et nous pensons que tout cela est la conséquence des vibrations subies sur la tôle ondulée du matin dans le parc.

Didier se met sur la route et fait signe à un gros semi-remorque qui s’arrête (ah le pouvoir de l’homme blanc !). Le conducteur gentil, nous propose de le suivre. C’est ce que nous faisons et du coup notre moyenne horaire augmente, même si cette conduite n’est pas très rassurante ni confortable pour Dramane. Nous devons bien sur nous arrêter avec le camion qui nous précède à tous les barrages routiers, mais tout se passe bien. Nous arrivons à Ouga vers 21H45 sains et saufs et à bon port. Bravo Dramane.

Nous avons notre récompense en allant manger chez Johny qui avait été réservé cette fois, depuis la route pour ne pas prendre trop de retard. Nous mangeons joyeux, entre nous après quelques excès de dolo ou de mousses pour certains. A minuit, 7 missionnaires sur 10 intègrent leur chambre. Pour les autres ils raconteront.

Jeudi 20 :

Réveil à 5h30 ! Pourquoi ? et bien par les cris d’une manif qui enfle qui se rapproche qui est dans la rue juste devant et des cris : il est là ! il est là ! On saura plus tard que ce sont les militaires qui faisaient leur jogging du matin.

Préparation de nos bagages.

Départ pour le rendez-vous avec le directeur de TOTALFINAELF de Ouaga auquel nous avions demandé d’être reçus.

Bon accueil. Discussion sur le thème général des aides aux ONG. La façon dont TFE Burkina et Siège de Paris Outre mer sélectionnent les projets. Entretien convivial d’une ½ heure environ, au cours de laquelle Clément profite pour présenter Eau vive et préparer un contact plus précis pour entrer en relation avec TFE au Burkina.

Retour à l’hôtel, puis nous allons déjeuner dans un restaurant togolais, sympa, où nous essayons de commander des plats typiques : tot, capitaine, attiéké.

Après le repas, hôtel, bagages et direction l’aéroport pour le pre-enregistrement. Nous sommes bien positionnés et il n’y a pas encore affluence. Les formalités se passent normalement. Nous obtenons nos cartes d’embarquement  et partons vers le village artisanal.

Il est très bien : belle architecture, et calme à l’intérieur où les entrées sont filtrées et surveillées.

Chacun commence sa visite. Tous les métiers artisanaux sont représentés et les objets présentés fort bien finis et variés dans leur design. Je trouve que les artisans ont fait de gros efforts d’originalité. Nous tournons plusieurs fois avant de faire nos emplettes, mais tout le monde trouve objet à sa convenance. Et cerise sur le gâteau, il y a un bar, tout le monde se retrouve en final autour de coca mousse .

Vers 19H, nous partons vers le restaurant « La Forêt » où Koudougou a réservé pour le dernier repas..

Nous partons pour l’aéroport où nous arrivons très vite, car nous en étions proches. Devant la porte départ, Jean-Pierre tombe devant une charmante burkinabée qui le regarde, lui sourit, il n’avait sur le coup, pas reconnu Mme Sia accompagnée de son mari. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, puis c’est à Josette de connaître le même sort. Mais là il y aura des larmes d’émotion ! Taty Sia retrouve ses deux neveux Bernard et Yves. Embrassades et au-revoir.

Passage des formalités. Bagages à main où certains se voient refuser leur 2° bagage

Dernière ligne droite vers l’avion. Enfin l’heure du départ arrive et tout se passe bien, tout le monde est fatigué. Nous quittons le Burkina, pleins de souvenirs, d’émotion et tous avec des objectifs, certes très différents, mais une volonté certaine de continuer notre aide. Je prends les paris que 25 à 50% d’entre nous y retournerons.

Premier bilan :

ü      L’intérêt de ce genre de voyage, disons mission d’échange et le terme était bien choisi

ü      Le côté échange humain et culturel

ü      Le côté humanitaire avec un petit h, car nous venions seulement voir

ü      Le côté engagement pour l’avenir, car personne n’est resté insensible aux besoins de ces populations

ü      La réalité concrète des réalisations d’eau vive dans les villages que nous avons visités et dont nous pouvons témoigner
            l’implication des villageois
            la motivation des leaders (dont les femmes)
            la réalité des besoins

ü      Prendre conscience des décalages culturels, religieux, linguistiques, matériels

ü      La satisfaction générale (confirmée par chacun)

ü      La cohésion de notre groupe, diversifié, mais qui a su garder une unité, avec par ordre d’entrée en scène …

§         Le gentil organisateur, l’expérimenté et porte parole Didier

§         Le papet blagueur

§         Le boute en train baroudeur Yves

§         Le scribe photographe Jean-Pierre

§         L’enjoué Tim

§         Notre Lorie Virginie

§         Notre mineur el bombero avec sa lampe frontale Joël

§         Notre militante Josette

§         Notre ascensionniste avec ses lunettes de haute montagne Maryse

§         Notre commingeoise Jocelyne

o       Et bien sûr notre Koudougou et

o       Notre chauffeur Dramane

ü      Un message fort à faire passer au CE pour une poursuite, voire un financement

ü      Une exposition au CE, voire au Méliès

Ce qui nous semble avoir été ressenti par les populations :

ü      Notre implication : avoir parcouru 6000 km pour venir les rencontrer

ü      Etre venus en famille (les André)

ü      Avoir amené des ados avec nous pour témoigner (Virginie et Timothée)

ü      Notre investissement n’est probablement pas « financièrement » rentable, mais il sera sûrement durable et c’est le plus important !

Les limites :

ü      Le côté « époque coloniale » où l’on attend tout de l’homme blanc !

Le bilan :

ü      Réunion avec TotalFinaElf  à Ougadougou

ü      Le reporting et l’exposition au CE

ü      L’exposition au cinéma Le Méliès

ü      L’adhésion à Eau Vive

ü      Nos réflexions d’actions

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24 février 2006

Rapport de mission au Burkina Faso - 11 février au 18 février 2006 - Eau Vive Sahel

Arrivé plusieurs jours plus tôt en tant qu'organisateur de la mission d'échange, avec une étudiante en géographie de l'Université de Pau, dont c'est le premier contact avec l'Afrique. Nous assurerons les ultimes préparatifs matériels de la mission. Divers rendez-vous locaux.

Samedi 11 février - En compagnie des Conseillers Techniques d'EAU VIVE Burkina Faso, j'accueille le groupe de donateurs de Pau. Un peu désorientés, forcément. Pour la plupart, c'est le premier contact avec l'Afrique, dont ils ont beaucoup entendu parler, mais qui malgré tout ne ressemble pas à ce qu'ils ont dû imaginer. Outre ses bagages personnels, chacun traîne un énorme carton rempli du matériel à remettre dans les villages. Installation à l'hôtel.

Dimanche 12 février – Réunion de travail dans les bureaux d'EAU VIVE, afin que les deux équipes puissent faire connaissance et que l'organisation de la mission soit bien comprise de part et d'autre. Départ pour Kéra, au nord du Burkina Faso. Plusieurs heures de route goudronnée puis piste de latérite rouge. Poussière plein les yeux et la gorge. Accueil par une troupe de jeunes hommes au son de curieuses flûtes droites, qui dansent courbés en se balançant d'un pied sur l'autre. J'ai l'impression qu'ils n'ont pas cessé jusqu'à notre départ le lendemain. La population suit le véhicule en dansant et chantant jusque sous de grands arbres où auront lieu les présentations et les conversations. Serrage de plusieurs dizaines de mains. Tout le monde très poli. Commencent les discours de bienvenue et les présentations réciproques, ponctués de youyous. Installation dans une maison rectangulaire en ciment couvert de tôle. Sommaire mais propre. Nous dormirons ce soir sur la natte posée à même le ciment. Latrines toutes neuves à l'extérieur. Le soir, repas de fortune et discussion informelle avec les habitants ; ce sont toujours des moments riches.

Lundi 13 février – Visite d'une ferme avicole, en clair un élevage de poulets, monté de toute pièce par un ancien émigré qui y a investi 25 ans d'économie et de travail en Italie. Château d'eau, forages tests positifs, canalisations prêtes à poser ou déjà enterrées, matériel d'élevage. Tout est là ou presque. Manque encore un peu d'argent. Un dossier est présenté au conseiller technique d'Eau Vive. Visite de l'école primaire où Eau Vive a construit 3 salles de classe, claires et ventilées. Comment les enfants pouvaient-ils travailler dans les anciennes salles, de vraies fournaises. Enfants très sages et polis, un peu impressionnés aussi. Monsieur le Directeur est encore jeune, de haute stature, et donne une impression de tranquille autorité.

Visite du forage d'eau potable cofinancé par les donateurs de la zone de Pau. La pompe est bien là, entretenue et très utilisée, par l'école mais aussi par le village. Visite du Centre de Santé ; l'infirmier principal chef de poste est également encore plein d'énergie. Avec le Directeur de l'école, ce sont de bons relais locaux pour Eau Vive. Remise du matériel sportif de l'Elan Béarnais (T-shirts et shorts) pour un match de foot improvisé.

Soirée avec les villageois, rires et petits cadeaux artisanaux. Personnellement, j'ai préféré relâcher le pigeon qui m'a été offert.
koulpissipomp1Visite du forage d'eau potable cofinancé par les donateurs de la zone de Pau.

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Remise du matériel sportif de l'Elan Béarnais (T-shirts et shorts) pour un match de foot improvisé.




Mardi 14 février – Remise de l'essentiel du matériel scolaire collecté à Pau et dans les environs, devant les villageois rassemblés. L'objectif d'un dictionnaire par classe (oui, un seul !) est tenu. Départ. Passage au village de Bouloum et visite du centre de santé et de l'école, équipés par Eau Vive, mais sans implication des donateurs palois. Accueil toujours chaleureux.

keraecole1Matériel remis par l'Instituto Universitàrio Dom Afonso III de Loulé, Portugal.

Mercredi 15 février – Réunion de travail dans les bureaux d'Eau Vive à Ouagadougou. Très utile pour confronter ses impressions, poser des questions et mieux comprendre ce qu'on a vu.

Jeudi 16 février – Départ pour Koulpissi, vers le sud-est. Au-delà de Koupela, plus de route ni de piste. On ne risquait pas d'y arriver par hasard ! Population rassemblée sous un manguier. Youyous et danses. Puis discussions très pointues sur l'historique du forage d'eau potable, l'organisation du village autour du projet, l'entretien des installations. Pas mal pour des gens qui ne sont pas tous allés à l'école ou si peu de temps. A signaler : l'association locale d'éleveurs, le Recopa, qui joue visiblement un rôle essentiel dans le dynamisme durable du projet. Coup de savate sur un scorpion en promenade. Visite du forage. La pompe est là, et elle aussi fonctionne. Tout va bien. Retour vers Ouagadougou. Visite au lac de Bazoulé, où les caïmans sont toujours aussi … souriants. Brrr …

Vendredi 17 février – Très tôt le matin, cérémonie du faux départ en guerre du Moro Naaba, le roi des Mossis de Ouagadougou. Tous les dignitaires sont rassemblés en grande tenue afin de lui rendre hommage et qu'il renonce à leur faire la guerre. Cérémonie heureusement devenue symbolique. Réunion de travail, toute la journée. Objectif : poser toutes les questions sur le fonctionnement des projets sur site et du bureau de Ouagadougou. Petits achats en ville (forcément !). Accueil de dernière minute chez le Larlé Naaba Tigré, ministre de la Culture du roi des Mossis de Ouagadougou.

Samedi 18 février – Nostalgie déjà sensible chez ceux qui partent. Dernière réunion de travail, derniers achats, pré-enregistrement. Le soir, adieux à l'aéroport. Impression de vide lors du retour à l'hôtel. La mission s'est bien passée. Chacun a pu approfondir sa connaissance des autres membres du groupe qui travailleront mieux ensemble au retour à Pau, et surtout ajuster ses idées sur l'Afrique et la façon de soutenir les projets de développement. C'était l'objectif. Tous pensent déjà à revenir. Mais la liste des volontaires pour le prochain départ est déjà longue.

A bientôt à Pau.

Cordialement, Didier BAYLE (Eau Vive Sahel)

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25 mars 2004

MISSION AU SENEGAL - Didier BAYLE (Février 2001)

Plus d’un mois s’est écoulé depuis le retour du Sénégal. Ce temps est la pire et la meilleure des choses lorsqu’il s’agit d’en écrire un compte-rendu. La pire des choses, car certains souvenirs s’effacent (comment les villages s’appelaient-ils ?) ou se mêlent les uns aux autres ; la meilleure aussi, car ce délai de réflexion permet de faire le tri, de ne garder ce qui semble le plus significatif.

Enfin, le temps a apaisé l’excitation du voyage, et calmé le désir de faire partager cette expérience unique, et d’en parler autour de soi, probablement trop.

Les membres du groupe sont arrivés en ordre dispersé, certains faisant connaissance à Orly, d’autres à l’aéroport de Dakar. Les origines sont très diverses : secteur social (une assistante sociale) ou associatif (communauté Emmaüs), ou entreprise ; certains en activité, d’autres déjà retraités ; certains chrétiens engagés, d’autres plus laïques. Géographiquement, les diverses régions de France sont représentées ; certains ont déjà l’expérience de l’Afrique, l’un a déjà effectué une mission, moi qui ai travaillé plusieurs années en Angola. Le lien avec Eau Vive passe soit par le don en argent, soit par le don en travail (communauté Emmaüs) lui-même transformé en don monétaire.

Bien que le groupe se soit constitué rapidement et ait fait preuve d’unité, et malgré un souci d’objectivité, ce compte-rendu reste subjectif, car il traduit le point de vue de l’un des participants.

L’inquiétude s’efface rapidement :

· Serai-je capable d’affronter le séjour ? Le groupe sera-t-il sympathique ? Je n’ai aucune expérience du milieu de l’assistance aux pays en voie de développement. Qu’attend-on de nous exactement ?

· A l’aéroport, un moment de désarroi dans la foule ; l’émotion naturelle de l’arrivée dans un pays inconnu. Puis très vite, l’accueil rassure ; une bise sur chaque joue, tout va bien, nous sommes entre amis.

· Le français ne semble pas perçu comme une langue étrangère. Les Sénégalais le parlent tous, plus ou moins bien, selon le niveau d’éducation. Mais il y a de nombreux décalages dans le sens des mots (un « bol » est un grand plat commun, et non un objet rond dans lequel on prend le petit déjeuner ; une « matrone » est une sage-femme, et non une femme particulièrement vigoureuse). Quelques malentendus assez drôles permettent la rapide mise au point d’un vocabulaire commun.

· Aucune réaction raciste, aucune réserve perceptible de la part de nos hôtes, n’est venue entacher la spontanéité ou la cordialité des rapports avec les ressortissants de l’ancienne puissance coloniale. Il est vrai que tous les membres du groupe semblaient avoir abandonné toute idée d’une quelconque supériorité, pour au contraire chercher l’échange entre « égaux différents ».

Il faut vite apprendre à gérer son émotion :

· Pour accéder au premier village (Lelo), la voiture quitte la route goudronnée et s’engage sur une piste de latérite : poussière, végétation desséchée, peu de monde mais des sourires. Brusquement, un choc : des dizaines de personnes sont regroupées sur la place centrale, autour d’un arbre vénérable. Chants, cris de bienvenue, habits multicolores qui sautent et dansent. Même au quatrième village (Thiallé), je pense qu’aucun d’entre nous n’a pu rester insensible à un tel accueil.

· Les membres du groupe sont l’objet de demandes ; à cet égard, l’attitude est très variable d’un village à l’autre, certains s’interdisant toute demande, implicite ou explicite, d’autres n’ayant pas autant de retenue. Il est tentant de n’écouter que son bon cœur, et de donner ce dont nous avons nous-même besoin, un sac de couchage, des médicaments … Pas toujours facile de résister, de ne pas donner sans raison, et à n’importe qui. Un véritable travail sur soi-même est nécessaire, afin de ne pas céder à un sentiment de culpabilité collective de nantis des pays riches.

· Gorée : autour de cet île, de nombreux écueils. D’abord, Gorée n’était pas le vrai centre du trafic ; Rufisque, entre autres … Ce trafic, beaucoup en ont tiré parti, et pas seulement les Européens. Une responsabilité collective a-t-elle un sens, dans ces conditions ? Non, bien sûr. Mais cette visite est dure, dure, lorsqu’on rentre dans les cachots, même s’ils sont aujourd’hui déserts et propres. Comme cette île est belle ; mais comme le souvenir y est insoutenable, à qui veut bien voir et savoir !

Européens de bonne volonté, nous arrivons malgré tout avec le sentiment d’un savoir à apporter. Mais les idées toutes faites tombent les unes après les autres. Finalement, nous apprenons sûrement beaucoup plus des gens qui nous reçoivent que le contraire :

· La polygamie est une pratique anormale ; oui, mais qui s’en plaint réellement ?

· La pollution est un problème grave ; il ne faut pas laisser traîner les piles usagées. Certes, mais qu’en faire, en l’absence d’un service de récupération ? les regrouper, les évacuer ? de toute façon, il n’existe aucun site de recyclage.

· « yaka » : yaka trouver l’argent et creuser un puits ; oui, mais que faire lorsque l’eau du sous-sol est si salée qu’elle rend malade, jusqu’à faire se déchausser les dents de ceux qui la boivent ?

· « nous en Europe … » ; même dans les villages reculés, l’information arrive, radio et télévisions étant alimentées par de simples batteries de voiture, ou par les capteurs solaires financés par les émigrés. Si la France est toujours vue comme un rivage à rejoindre coûte que coûte, beaucoup savent que ce n’est pas un jardin d’éden et que la vie y serait dure (mais ceux qui le peuvent tenteront quand même l’aventure).

Admiration pour le travail accompli, dont nous pouvons voir les réalisations, utiles, vraiment utiles : les bulletins périodiques tiennent les membres informés. Mais voir, être sur place, c’est autre chose ; l’importance des choses est palpables, évidente.

L’enthousiasme ne doit pourtant pas empêcher la lucidité :

· l’instituteur est absent pour raisons familiales ; depuis combien de temps ?

· la tréfileuse qui permet de tresser des clôtures métalliques est en panne ; depuis combien de temps ?

· la distance de plantation entre les cajous n’est que de 3 m au lieu des 8 préconisés ; est-ce une incompréhension, ou la volonté de réduire le périmètre de clôture à installer ?

· pourquoi telle haie n’est-elle pas renforcée, afin de protéger les cultures contre le bétail ? Bien sûr, l’argent manque pour acheter du grillage, mais ailleurs, les villageois n’ont pas attendu de financement pour planter des haies de figuiers de barbarie très efficaces.

· pourquoi telle éolienne installée par une ONG italienne n’a-t-elle jamais été réparée ? La technologie n’est pas si perfectionnée, et les villageois nous donnent de multiples preuves de leur ingéniosité. Est-il normal d’adresser de nouvelles demandes, alors que cet équipement, si coûteux, ne sert plus que de support aux cordes qui remontent l’eau du fond du puits ?

Mais la grande question est : comment émettre des réserves, lorsque cela semble justifié, sans briser l’élan de la communauté, ou sans discréditer le travail des coordonnateurs ? Encore une fois, quelle est la bonne attitude, pour nous qui ne faisons que passer ?

La vie quotidienne s’organise, et il faut bien s’adapter aux conditions locales (c’est aussi çà l’intérêt de ce voyage). Les habitudes sont si différentes à tout point de vue qu’il faut à tout moment se demander ce qui est vraiment important et ce qui ne l’est pas ; en particulier, la notion d’hygiène doit être revue. Qu’est-ce qui permet d’être réellement propre, qu’est-ce qui n’est qu’une simple angoisse face à des usages différents ?

· autour du premier bol de nourriture qui nous est offert, le malaise est évident : où sont les couverts ? il faut vraiment y mettre les doigts ? La plus routarde du groupe se lance sans crainte, forte de son expérience africaine. Les autres suivent timidement, ce qui nous laisse le temps de constater que nos hôtes se lavent scrupuleusement les mains avant le repas, avant de nous proposer de les imiter. Une fois passées les réticences relatives à l’hygiène, le vrai problème est notre incapacité à manger avec les doigts sans en mettre partout sur le sol. Question propreté, c'est réussi!

· la population semble en bonne santé ; pas de grands infirmes, poliomyélitiques ou estropiés de guerre. Un des membres du groupe a pourtant souffert de problèmes suffisants pour le tenir cloué au lit. Ce fut pour lui l’occasion de mieux connaître l’équipe de Thiès et d’apprécier le sérieux du travail accompli.

· l’eau est rare et précieuse. De même que les poulets ne grandissent pas emballés sous cellophane, l’eau ne jaillit pas spontanément derrière chaque robinet. Banalité, car tout le monde le sait bien. Oui, mais le vivre, c’est tout autre chose. Ayant vécu en Angola, j’étais déjà conscient de sa rareté. Un constat : l’eau est en quantité limitée, mais les gens qui nous accueillent propres ; après quelques jours, tous les membres du groupe ont appris à se laver avec le contenu d’une tasse. Pourtant, avec nos bouteilles d’eau achetées en supermarché, nous restons des privilégiés.

· les toilettes, en général sommaires, peuvent devenir une terre d’aventure. Ici encore, l’eau doit être utilisée intelligemment. Et lorsque le papier vient à manquer alors que la Nature se fait impérieuse, chacun doit bien trouver la solution.

· rien de ce qui nous est quotidien en Europe n’est forcément donné à tous par la vie ; qui, parmi les membres masculins de l’expédition, avait pensé à emporter un petit miroir pour se raser le matin ? C’est un objet si familier qu’il en devient invisible. Or, dans l’un des villages, la case où j’étais hébergé n’en disposait pas, et la famille a dû chercher un bon moment avant de dénicher un petit fragment dont j’ai bien dû me contenter. A la clé, une question : n’ai-je pas forcé mes hôtes à me montrer leur dénuement ?

Un malaise demeure :

· Ne sommes-nous pas supposés avoir un pouvoir que nous n’avons pas ? De nombreuses demandes sont adressées au groupe, porteuses de grands espoirs ; bien qu’elles soient recueillies par la conseillère technique qui nous encadre, un sentiment de malentendu (d’imposture de notre part ?) demeure.

· Qu’avons-nous fait réellement pour mériter tant d’honneurs (réception par les anciens, les groupes de femmes, parfois le Sous-Préfet) et d’attention ? L’Europe n’habitue guère à tant de gentillesse.

· Puisqu’à chaque fois, on nous demande de prendre la parole face aux autorités et au village assemblé, comment être la hauteur ? et surtout, attention à ne rien dire qui puisse compromettre le travail de l’équipe permanente ; nous, nous ne faisons que passer, eux travaillent ici.

Au cours du voyage, un certain nombre d’idées prennent corps, dont je fais part à la conseillère technique, avec une inquiétude permanente : que restera-t-il de ma bonne volonté quand la vie m’aura repris ? Comment pourrai-je rendre ce qui m’a été donné ? J’ai si peu fait, jusqu’à présent, pour aider ces gens.

Et aussi, comment rendre compte de ce que nous avons vu sans complaisance et sans excès d’esprit critique ? Comment ne pas décourager ceux qui se dévouent sincèrement à l’Afrique ? Aurais-je su faire mieux ?

Je n’ai pas trouvé la réponse.

Posté par Eau Vive Pau à 09:10 - Missions d'Eau Vive Sahel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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